La marche de l’Empereur se poursuit devant les tribunaux…

Boris khalvadjian - Avocat

25 Sep La marche de l’Empereur se poursuit devant les tribunaux…

Le format du documentaire recueille un vif succès auprès du public depuis quelques années à voir les records d’entrée décrochés par les films «Être et avoir» ou «La marche de l’Empereur». Ce succès a toutefois son pendant de mauvaise fortune puisqu’il fait naître régulièrement des litiges entre les participants.

Le maître d’école dans « Être et Avoir » avait, par exemple, agi en justice pour que lui soit reconnue la qualité d’auteur de ses cours, à défaut, la qualité d’artiste-interprète du documentaire. L’affaire concerne ici le film « La marche de l’Empereur ». Le chef opérateur agissait contre l’ensemble de la réalisation et de la production pour se voir reconnaître la qualité de « co-auteur » du célèbre film-documentaire consacré aux manchots Empereur. Selon lui, le film n’avait pu voir le jour au montage qu’à partir de prises de vue uniques dont il était l’instigateur. Contrairement à un film traditionnel, le fil conducteur de « La marche de l’Empereur » reposait en grande partie sur les prises de vue. Ainsi il estimait qu’à la différence du chef opérateur traditionnel, il était un véritable collaborateur à la création. Son raisonnement n’a pas convaincu les juges qui ont estimé que le rôle du demandeur se limitait à un rôle purement technique. «Il (le chef opérateur) n’a, à aucun moment participé à l’écriture du scénario, au choix de la musique et encore moins au tri parmi les nombreuses images collectées», nous disent les juges. « Seul le scénario, le fil choisi pour raconter l’histoire, le choix des scènes, leur alternance et le soutien de la musique associés aux images ont conféré au film en son ensemble tel qu’il a été conçu par les co-auteurs un caractère original». «L’auteur des prises de vues ne peut être considéré comme coauteur (…)».

La solution semble conforme aux règles admises en la matière. L’on regrettera, toutefois, que les spécificités du documentaire animalier, et précisément de celui de notre affaire, tourné en Terre Adélie, dans des conditions extrêmes, n’aient pas été mieux prises en compte ; là où l’histoire du film est (pour une bonne part) imaginée à partir de prises de vues…

Source : TGI Paris, 22 septembre 2009, RG n° 06/15086.